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dimanche 17 janvier 2021

Pause poésie

Petite pause poésie. Après tout, la poésie est à l’origine de tant de choses formidables, que par temps crépusculaires – c’est le cas – elle se révèle comme refuge et citadelle inexpugnables. L’endroit où, à défaut de bonheur absolu, nous pouvons atteindre ce degré d’intensité imaginaire que nul ne peut nous dérober.







Sous l'Casque d'Erby


dimanche 6 octobre 2013

Victor Nazaire, poète maudit (suite et fin)

Vers la fin de sa vie, Victor Nazaire fut pris de mélancolie. Sentant proche la fin de son chapitre terrestre, qu'il aura marqué du signe du courage, il décida de revenir au pays qui le vit naître pour un ultime saut dans le vide. Installé sur un rocher au bord d'une plage de Tarifa, province de Cadix, face aux côtes marocaines, où il était venu rendre visite à son ami Fermín Salvochea, grande figure de l'anarchisme andalou, que Victor prit la décision d'un retour au pays. La boucle était bouclée, jugea-t-il, pensant au courrier qu'il avait reçu de sa Bretagne natale, où un proche lui annonçait le décès de l'Angela-de-l'Estuaire. Une séparation dont il ne put jamais tout à fait effacer le remords, apaiser la douleur, se pardonner la lâcheté... Elle, pour qui il écrivit, sans lui faire partager, ce qui demeura son grand regret amoureux  :

ÉCHO
Voici que s'ouvre 
La fleur de l'aurore 
Te souviens-tu 
De ce fond de soir 
Le dard de la lame 
Épand son parfum froid 
Te souviens-tu 
De ce regard d'août 
Sur le port du Guilvinec 
Je n'ai rien voulu 
Rien voulu te dire 
J'ai vu dans tes yeux 
Deux jeunes arbres fous 
De brise, de rire et d'or 
Qui remuaient 
Je n'ai rien voulu 
Rien voulu te dire 

Le bagage que Victor Nazaire laissa après sa mort était des plus légers. Jugez-en  : un porte-monnaie (vide) / Un crachoir de poche / Une trousse à outil de bicyclette sur laquelle est inscrit le mot « chimère » / Une paire de lunettes / Un coquillage portant l'inscription « Saint-Nazaire » / Un miroir / Une cravate/ Un carnet de 18 poèmes*, d'où j'extrais quelques passages pour vous donner un aperçu de l'immense talent poétique :

Poème n° 1. Où Victor Nazaire parle de sa naissance. On ne peut qu'admirer la finesse de l'image, la force du trait :

NAISSANCE 
Ce siècle avait deux ans. Dans la tourbe de la Brière. 
Au-dessus des roseaux, les oiseaux pointaient leurs becs fiers. 
Au loin par flots de Loire traversés
Étraves noires et lourds étambots rabotés
Dans ce plat pays où les hommes courbent l'échine
Où le mandarin est arrivé à pied par la Chine,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau,
Naquit d'un sang breton et breton à la fois
Un enfant sans couleur sans regard et sans voix
Cet enfant que la vie appelait à vivre,
Mais qui manquait de vivres pour vivre
C'est moi.
 
Chers amis de la poésie, c'est le cœur saignant que j'abrège... Si je m'écoutais... Voici à présent, le poème n° 6, son poème le plus emblématique :

OCEANIC INTOX

Oh ! Combien de nazairiens, combien de nazairiennes
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

Oh ! Combien de nazairiens, combien de nazairiennes 
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, 
Dans une mer sans lune, par une nuit sans fond 
Dans ce morne océan à jamais évanouis 
Combien ont disparu dur et triste horizon 
Sous l'aveugle fortune à jamais enfouis

Oh ! Combien de joyeux, combien de courses lointaines, 
Sont partis nazairiens pour des nuits sans fond 
Dans une mer sans lune à jamais nazairienne 
Dans ce morne océan sous l'aveugle fortune 
Combien ont disparu durs et tristes évanouis 
A jamais enfouis dans l'horizon ! 

Oh ! Combien de combiens, combien de combiennes 
Qui sont partis marins pour des courses nazairiennes 
Dans une mer de fortune, dur et triste horizon 
Par une nuit sans océan, combien de capitaines 
Sont partis trop loin, rien nazaire de courir 

Il faut partir à point.

* Merci à l'Association Victor Nazaire, passage Bel Air, à Saint-Nazaire, pour l'ensemble des documents mis à ma disposition, il y a longtemps, sans autre contrainte que celle de perpétuer la mémoire du Maître. J'espère y être parvenu. Sinon, le "droit de réponse" est rigoureusement rigoureux


l'Erby Show

dimanche 29 septembre 2013

Un homme, une vie : Victor Nazaire

Victor Nazaire – à ne pas confondre avec son homonyme musicien - est assurément le nazairien le plus cosmopolite et le poète et écrivain le plus ignoré de France.
En fouillant mes archives – eh, oui, de temps en temps, il faut mettre main au panier – je suis tombé sur une note dans laquelle un certain R.B., pierre angulaire d'un réseau SNAZ ?, retranscrit le témoignage, bestialement amputé, d'un dénommé Diego Jimenez Béhémerid, biographe de métier, qui authentifie Victor Nazaire comme un poète de génie et, à ce titre, j'ai souhaité, en ce dimanche de la saint Gaby, vous faire partager le coup de cœur. Voici son témoignage : 
« La première fois que j'entendis le nom de Victor Nazaire fut aussi celle où je traçais un cercle rouge sur la carte de France, exactement sur la ville portuaire de Saint-Nazaire, d'où était originaire le plus singulier des poètes hispaniques. 
Sous la dictature de Franco, les grands poètes encore vivants étaient, soit en prison, soit passés par les armes, ou avaient choisi le chemin de l'exil... Il n'y avait pas que les taureaux qu'on mettait à la saignée au pays de Cervantès et de Miguel de Unamuno...
Don Eduardo Cuevas Izquierdo, notre sage et discret professeur à tout faire, nous proposait parfois, au milieu des poètes officiels, tous ennuyeux, des textes inconnus dont il fallait traverser le miroir, avec discrétion et fermeté. C'est ainsi qu'il présenta Victor Nazaire. Pour émoustiller notre curiosité, en distribuant les copies, il dit : « Je vous demande, après lecture de ces textes, de vous rendre à l'heure du crépuscule sur le bord de la mer et d'attendre que l'écharpe de l'horizon scintillant vous enveloppe et vous emporte où le destin le doit. L'Espagne peut se flatter de le compter parmi ses meilleurs fils d'adoption. » 
Je découvrais, dans la première strophe de son poème phare, « Ailleurs, mais toujours là », un Victor Nazaire d'inspiration très moderne pour son époque (1802-1885) que je cite de mémoire chaque fois que l'occasion m'est donnée : « Navire en partance/Sur l'océan en folie/L'équipage balance/Sur la houle éblouie »...Un clin d’œil à son romantique prédécesseur José de Espronceda.  
C'est par une « nuit sans lune », poursuivi par une meute de maris bafoués, la lame brillante, le tenant pour responsable d'avoir perverti des épouses refoulées en partageant avec elles l'ivresse des buissons ardents que Victor quittait les docks de Sain-Nazaire, la sueur aux tempes, à bord d'un navire en partance pour Malte, dont le capitaine était un oncle éloigné qui admirait ses prouesses de Don Juan...
... Débarqué à Malte, en très peu de temps, il fut jugé persona non grata et ne dut son salut qu'aux Chevaliers de Rhodes qui le firent déguerpir en l'embarquant dans un bateau qui faisait route pour Carthagène, ville située dans le sud-est de l'Espagne. Il avait alors 40 ans.
... Jusqu'à l'âge de 80 ans, il vécut en Andalousie, épousant la cause des paysans, militant et écrivant dans le colonnes de Tierra y Libertad des articles vitriolés contre le pouvoir politique et l'obscurantisme religieux. Arrêté et jugé à Jerez de la Frontera comme « activiste dangereux », il fut condamné à cinq ans de prison et ne dut son salut qu'à l'intervention du représentant diplomatique de la France en Espagne. Le peuple andalou le proclama « fils naturel » et le célèbre encore de nos jours comme « homme de bien ».
Si vos pas vous conduisent dans la ville de Ronda, dans la province de Malaga,
pas loin du plateau rocheux, entaillé par une faille de 160 mètres de profondeur, vous trouverez, outre un Paseo E. Hemingway, une modeste maison aux murs chaulés de blanc, le musée que la ville lui consacre. Une plaque est apposée portant l'inscription suivante : ici vécut le poète le plus libre, le plus ibérique et le plus pillé de sa génération : Victorio Nazario , 1802-1885.
C'est finalement à Saint-Nazaire qu'il s'éteignit par une nuit sans lune, alors qu'il contemplait, assis sur un rocher, l'endroit où la Loire se jette dans l'océan. Il avait la nostalgie du pays et avait souhaité venir se recueillir sur la tombe de l'Angela-de-l'Estuaire, sa muse, le seul ange sexué dont Victor Nazaire savoura le sexe jusqu'à l'ivresse.
Il est étrange - mais nullement surprenant - que la France, un si grand pays, ne fasse cas d'un poète aussi original en éditant ses œuvres... Lire Victor Nazaire aujourd'hui, c'est entendre un son, une mélodie, des idées, très éloignées de la fatuité du présent... »
 
Ici se finit ce témoignage captivant. Souhaitons qu'un éditeur malin fasse le nécessaire pour donner enfin la place que Victor Nazaire mérite dans le panthéon des lettres françaises.  La Mairie de Saint-Nazaire avait, dans les années 84-85, baptisé une Place à son nom - je possède encore la photo quelque part -, puis l'avait débaptisée presque aussitôt, sans aucune explication. Pourquoi ?... 
Dimanche prochain je vous proposerai des poèmes choisis, publiés à l'initiative des Amis de Victor Nazaire, la réhabilitation.

lundi 16 septembre 2013

Identité

Illustration M art'IN
Voile
Croix
Fétiche
Bouddha Dieu Mahomet
Orthodoxe ou vaudou
Épicurien ou mystique
Qu'importent les tiques
Puisque le nombre de globules
Grandit ou affaiblit la mixture
Puisque l'Air le Vent le Feu
La Chaleur le Froid la Faim
Ont toujours raison de notre Je
Que ce Je n'est que Feu
Le nombre qu'on dénombre
Assis dans la pénombre
Où les lumières cèdent
Au nombre de pulsations seconde
Se confondent avec l'Onde
Onde d'un soupir
Qui vient dire
Qui vient prédire