vendredi 13 juin 2014

Un effort et vous aurez une prime

Il n'y a plus que ce mot à la bouche : prime, prime, prime !
A peine ouvre-t-on une coquille curieuse sur la vie, que la première chose qu'on entend est : allez, un effort, tu auras une prime.
Faites un effort, mais faites un effort donc ! Vous n'y êtes pas, mon pauvre enfant ! Allez vous mettre aux abords du terrain, sur la touche, là est votre place...
Mais, monsieur, je n'aime pas le sport, je vous l'ai dit. Moi, ma discipline, c'est les poissons. Interrogez-moi sur les nageoires, les écailles, la nature, les marées, les températures, les périodes de reproduction... Je pourrais vous répondre, aussi sûr que vous ne ferez jamais les 100 m en 10 secondes !...
Au banc, insolent !!! Vous ne ferez jamais rien de votre vie !...
Les primes à l'emploi. Les primes au départ. Les primes aux moins que rien. Les primes à l'esclavage. Les primes à la lâcheté.



Les primes à la mort !
A la SNCF, chez les chauffeurs de taxis, chez Bouygues, français, brésiliens, africains, coréens, japonais, tous dans l'attente d'une étincelle qui ne vient pas. Américains, chinois, indiens, grecs exsangues, irakiens dévastés, ukrainiens, palestiniens, le nettoyeur fait peau neuve, le temps d'un soupir, le temps de comprendre ce que la mort prélève à la vie de manière continue et c'est déjà fini... Au suivant !
Taxer, faxer, retaxer !
Si quelqu'un se blesse, papiers d'identité, adresse, situation familiale, numéro de Sécu... Si rien dans le larfeuille, artères bouchées, sur-tension, nez fracturé, visage démonté, côtes en charpie, tibia dans les choux, ligaments croisés des genoux en vrac, cancer, ou autres menus soucis, circulez, vous n'avez pas tiré le bon numéro ! Désolé, c'est la consigne. Vous pouvez crever, c'est votre droit, mais pas ici.
Les primes, les p'tits gars, c'est ça :
« Après avoir remporté le dernier match du mondial 2014, le 13 juillet, le capitaine de l’équipe victorieuse brandira le trophée convoité par les trente-deux équipes qui s'élanceront dans la compétition à partir du 12 juin. Outre la gloire, chacun des joueurs champions du monde recevra un chèque de la Fédération internationale de football (FIFA) pour récompenser sa performance. Mais en cas de victoire, la part de cette prime réservée aux joueurs diffère selon les nationalités et les joueurs. »
Si on me dit encore une fois : le foot, oui, bof, ça n'a rien à voir avec le capitalisme, sa puissance, sa fausse lumière et, surtout, sa longue nuit, je range mon arsenal militant, j'appelle un taxi, il doit s'en trouver qui ne font pas grève, pour me mettre en grève à mon tour !


Sous l'casque d'Erby


Expo Portugal

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